(-) 28e dimanche du ‘temps ordinaire’ (A)
Aujourd'hui, Frères & Sœurs en Christ, les textes que l’Église nous propose rappellent avec clarté et force qu'au Paradis nous ne manquerons de rien et aurons même à satiété et au-delà, mais qu'en enfer il y aura pour toujours 'pleurs et grincements de dents', comme Jésus l'affirme lui-même. Ce sont des vérités essentielles, que personne ne devrait oublier dans la conduite de sa vie, afin de parvenir au bonheur éternel et indépassable. Isaïe nous décrit par des images en quoi consiste ce dernier : viandes grasses et succulentes, vins capiteux (une traduction plus exacte serait « décantés »). Les viandes grasses étaient très recherchées, et dans les sacrifices, la graisse était réservée à Yaveh. Autrement dit, Dieu nous prépare une fête éternelle. Il n'y aura plus de mort, plus de larmes, plus d'humiliations : « ce jour-là, on dira : 'Voici notre Dieu ; en Lui nous espérions et Il nous a sauvés : exultons, réjouissons-nous !' » Ces images sont renforcées par le psaume dit 'du bon Berger', où tout est important. Je souligne quelques passages 'phares' : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien... Ma coupe est débordante ; grâce et bonheur m'accompagnent tous les jours de ma vie ! » Si nous sommes ici, c'est que nous avons choisi de faire confiance à ces textes inspirés ; en effet, il est évident que la vie que nous connaissons sur cette terre ressemble fort peu à une fête incessante, et qu'elle ne nous épargne ni les souffrances, ni les larmes, ni la mort. Mais au ciel, « la coupe est débordante ». Comme écrivait sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face : « quelle que soit sa taille, le verre de chacun sera rempli à ras-bord ».
Peut-être ne voyons-nous pas clairement comment nous comporter concrètement pour faire de notre vie une préparation digne à cette fête éternelle que la Parole de Dieu évoque. Sur ce point, saint Paul (L2) nous guide : ses responsabilités d'apôtre lui ont appris à affronter toutes les sortes de difficultés. C'est ainsi qu'il sait subir les privations aussi bien que vivre dans l'abondance, et qu'il peut continuer sa mission en toutes circonstances. Mais il prend soin de préciser qu'il ne prend pas sur ses propres forces, mais sur celles qu'il reçoit de la part de Dieu. Il remercie aussi ceux qui l'ont aidé dans un moment difficile : il sait donc accepter l'aide des autres sans chercher à jouer les héros, donnant ainsi aux autres l'occasion de pratiquer la charité, qui « couvre une multitude de péchés » (1 Pi 4, 8). Ainsi, par l'assistance mutuelle et fraternelle dans le Christ, tous sont utiles à tous, et Dieu « comblera tous les besoins selon sa richesse, magnifiquement » (L2). Remarquons au passage qu'il ne s'agit pas seulement d'une aide matérielle et ponctuelle, mais aussi d'une assistance spirituelle, notamment par la prière, mais encore, si les circonstances s'y prêtent, par l'éducation (catéchisme ou enseignements, entre autres), l'exemple discret mais vécu dans la vérité, le conseil avisé et désintéressé, le partage de la Parole de Dieu, la récitation en commun du chapelet, etc. Peut-être ne pratiquons pas nous-mêmes, ou trop peu, ces formes de charité. N'oublions pas le sublime hymne à la charité de saint Paul (1 Co 13, 1) : « si je n'ai pas la charité, je ne suis que bronze qui sonne ou cymbale qui retentit ». « La foi, l'espérance et l'amour demeurent, mais [ce qui est] le plus grand, c'est l'amour » (v.13).
Nous en arrivons à l'évangile, dans lequel Jésus s'adresse, une fois de plus, aux grands prêtres et aux pharisiens, espérant sans doute qu'ils comprendront que c'est d'eux qu'il parle. Le roi -- Dieu le Père -- invite à participer aux noces de son Fils, c'est à dire aux noces de Jésus avec l'humanité. Jésus sait bien que ces grands personnages refusent d'y croire, malgré ses paroles et ses actes, et qu'ils vont aller jusqu'à commanditer son meurtre en achetant Judas. De fait, bien que tout soit prêt et les invitations lancées, des invités se laissent accaparer par les soucis terrestres, pendant que d'autres vont jusqu'à tuer les serviteurs porteurs du message. Violente manière de décliner un honneur ! La colère du roi, on la comprend aisément, et la dureté de la punition, que même les juifs approuvent par anticipation : « Ces misérables, Il les fera périr misérablement » (Mt 21, 41). Nous voilà prévenus de ce qui nous attend si nous rejetons consciemment et volontairement Jésus ! Mais si la punition est extrême, Jésus avertit qu'elle peut être pire encore ! On peut en effet imaginer que cette punition est celle du purgatoire, et apprenons de sainte Catherine de Gênes (1447-1510, chapitre 8) : « L'esprit ne peut concevoir, ni aucune langue ne peut rendre la grande importance du purgatoire. Je constate seulement que ses peines sont aussi grandes que celles de l'enfer. Mais je vois aussi qu'une âme, souillée de la plus légère faute, recevant cette miséricorde, compte pour rien ses peines en regard du délai de la jouissance de Son amour. Et je sais que la plus grande souffrance de ces âmes est de voir en elles ce qui déplaît à Dieu, et de découvrir que, malgré sa bonté, elles y ont consenti. » Et ailleurs (chapitre 15), la sainte explique : « Vous vous abritez sous l'espoir de la grande miséricorde divine, que vous exaltez sans cesse, ne voyant pas que votre résistance à cette souveraine bonté sera votre condamnation. Sa bonté devrait vous incliner à faire sa volonté et non vous encourager à persévérer dans la vôtre... N'avez-vous pas la hardiesse de dire : 'Je me confesserai, je gagnerai une indulgence plénière et ainsi je serai sauvée' ? Mais si vous saviez combien il est difficile de la gagner, vous trembleriez de crainte et seriez plus sûr de la perdre que de la gagner. »
Frères & Sœurs en Christ, il est encore temps, tant que Dieu nous prête vie, de nous convertir. Efforçons-nous de courir au plus vite vers la sainteté, dans un amour de Dieu toujours croissant, pour éviter de telles souffrances !
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